SOUVENIRS DE BUENOS AIRES (Eva)

Mon Voyage initiatique Porteño  .

Prévu pour 4 semaines , nous avons du avancer notre retour ….Que Pena ! finalement , je suis encore là-bas …

Difficile de quitter cette atmosphère particulière où nous nous sommes plongés durant plus de 3 semaines ! … Nous avions choisi le printemps , nous y avons trouvé l’été avec 30 ° à 40 ° C et les Bons Vents de Buenos Aires ne nous ont donné d’énergie que pour les milongas le soir venu  !

Bs.As. ! ville grouillante de monde , très cosmopolite, quelques indiens quand même ! me plait beaucoup . Certes,  bruyante et polluée ,on s’y sent bien . Pas plus de sentiment d’insécurité qu’ailleurs malgré richesse et pauvreté qui se croisent avec arrogance …
Etonnantes toutes ces avenues taillées à angle droit , toutes en sens unique où les bus roulent à toute allure pour 0.90 Pesos où qu’on aille et ces taxis jaunes et noirs qui roulent sans cesse à la recherche du client (difficile en temps de crise économique  ) et qui cheminent telles des fourmis à la queue leu leu partout mais vraiment ils sont partout  !

Et puis il y a les manifs ! ambiance chaude ! Ca pète de partout …  Ici ça manif dès le lundi midi : Il faut dire qu’on s’est trouvé dans un moment charnière où les argentins devaient obtenir sur décision politique gouvernementale le retour du financement des pensions par répartition et non plus financé par les caisses privées . On n’imaginerait pas cela dans le discours actuel français ou européen car depuis 2003 c’est plutôt l’inverse, l’Amérique latine multiplierait elle de bons exemples ?

Ville intéressante par son architecture hétéroclite dont on pourrait discuter des choix et associations , je n’ai pu visiter  Bs.As. qu’à travers certains quartiers ( San Telmo ,Congreso , Retiro , …)  faute de temps ,et  puis un soir nous avons choisi de faire la visite commentée des Bars Notables de Bs.As. de la fin du XIX e ( à retenir )

La nonchalance m’aurait facilement gagnée si la passion du Tango Argentin , je devrais dire « porteño » ! ne m’avait pas fait réagir le soir venu.
Mon baptême initiaque fut la milonga d’ « El Arranque « , milonga réputée pour un peu âgée mais dans la bonne tradition .
Alors comme pour tout baptême de Grande Ecole  , j’ai eu mon parrainage : mon  premier cabeceo fut celui de Jean Pierre qui m’accompagnait  » separado » oui « El Pibe de Nantes » m’ a invitée à Bs.As. ! : premier tango  où il vallait mieux faire ses preuves aux yeux des autres danseurs !
Quand je suis rentrée dans cette milonga , je pensais en toute humilité faire tapisserie : j’ai béni une tanda de repos pour soulager mes pieds !!!
Que du Bonheur ! je me souviens encore de leurs prénoms Enrique , Hugo , Francois etc …Ils étaient là vraiment pour le plaisir de la danse , aucune autre folie !
Ici j’ai senti vraiment une rencontre , une rencontre avec la danse ,la vraie , en dépit du carrelage pourtant rare dans les milongas !

Dès cet après-midi là sans perdre de vue mon réel niveau de danse je me suis sentie danseuse …. reconnue … Peut-être etait-ce illusoire ? peu m’importe !
Ici j’ai dansé autrement …

Est-ce dû à ces quelques mots que les milongueros souhaitent absolument échanger avant de danser comme pour bien marquer la relation à l’autre ? moi qui ne connaissais qu’une trentaine de mots d’espagnol , il m’a fallu jargonner quelques mots pour leur expliquer d’où je venais et mes ami(e)s ,et ma  durée du séjour .. beaucoup de choses …..

On a quand même l’impression qu’il y a du lien social ici,  éphémère certes,  mais peut-être qu’il faudrait y rester plus longtemps

Cette présentation qui peut durer quelques mesures ,c’est l’occasion  d’écouter la musique avant l’ultime Abrazo .

Et cette musique ne me sera jamais étrangère ! Quelle que soit la milonga , toujours , j’étais baignée dans une musique familière et ça fait danser ! Merci Tino ! oui ,  je te dois cela !.
La musique est une condition préalable à danser et nombreux milongueros vous diront  » me gusta musica « Linda linda musica » d’un air interrogateur  comme pour demander votre acquiescement à l’unisson avant l’abrazo qui ne pose aucun problème ici . Et vous les entendez chantonner à votre oreille toute proche , ces tangos de l’arrière garde que tu connais si bien Tino ! Et pour cela il faut être espagnol ou porteño !

Autre question embarrassante que j’ai déduit avec  mes rares mots connus et bases latines :

- »vous avez appris où? « 

–à Nantes –

- et « avec des professeurs argentins  et …depuis longtemps  ? »

- très peu de cours , des stages très peu  avec des argentins mais depuis 2 ans et demi je danse avec des amis qui aiment la danse milonguero de B.A.!

- » Muy Muy Bien !  » lindo ! lindo ! comme ils savent  féliciter !

Ma reconnaissance est allée tout droit à Jean Pierre et à mes amis qui me font régulièrement danser ….

A  Bs.As. à aucun moment je me suis sentie  seule ,exclue des milongas meme à El Beso , le jeudi , connue pour être réservée aux autochtones .

Je voudrais être rassurante pour les projets de voyage de mes amies du tango car chez les porteños et porteñas il y a franchement de la sympathie pour la France ,pour les françaises mais pas pour le tango parisien croyez moi  !

Je me suis limitée à 7 ou 8 lieux de Milongas car j’ai préféré retourner là où j’avais dansé avec de  bons danseurs porteños . Et j’ai choisi les milongas aux  parquets superbes , jamais, vraiment jamais , je n’avais tant apprécié caresser ces sols lisses et brillants avec des danseurs qui  vous laisse du temps , du temps au tempo pour mieux ressentir  ….Que du bonheur !

Ce monde est vraiment unique , pas du tout sectaire et je ne pourrais que vous encourager toutes à venir !

Le Cabeceo : Quelle liberté !  enfin une grande liberté de choix pour nous…

Ca modifie radicalement les rapports qu’on a avec nos danseurs habituels  !

Arrivée dans une milonga , il faut prendre du temps pour passer tranquillement ses chaussures ,le temps de bien observer les bons danseurs ,rien que les meilleurs ! Méfiez vous aussi : il y a de très mauvais porteños …un peu rudes …

Ne croyez pas que je sois devenue difficile ou imbue , non je n’ai pas changée !  j’aime toujours ceux qui savent prendre leur temps , danser simplement avec du ressenti …

Je voudrais dire qu’ ici comme en France  le sentiment névrotique de vouloir comptabiliser des danseurs et des danseurs  serait désuet .Vous ne recherchez inévitablement que la qualité de la danse , pas le nombre !.

Si tangueras, il nous arrive de rencontrer quelques danseurs ( habitués de  Bs.As.)  de Seattle , San francisco, Naples, Trieste , de Corée , de Suè, de Madrid ou de Barcelone , ils seront tous danseurs milongueros et convaincus

Les retours de Milongas à travers B.A. où s’animent les cartoneros qui travaillent avec leurs enfants plusieurs heures de la nuit durant , parfois endormis d’épuisement dans le coin de porte d’un immeuble ne peut pas laisser indifférent et ça glace un peu notre bonheur de touriste je dois l’avouer.

L’Argentine que je voulais visiter , s’est résumée surtout à Buenos Aires , consacrant quand même 4 jours à Mendoza (en passant  milonga sur la Piazollita  très sympa) pour excursionner vers El Punto del Incas et jusqu’à la frontière du Chili: l »Aconcagua.

Bs.As., ce fut la découverte de l’abrazo porteño cariñoso y calido , un tango minimaliste sur une musique qui ne déçoit pas ,

Ce fut aussi quelques progrès obligés en castellano mais cette élève doit encore beaucoup progresser !

Malgré mon long bavardage ,amies tangueras,  sachez  je ne vous ai rien dit du plaisir que vous pourrez y découvrir !…

A tous mes amies et amis de Bs.As. ainsi qu’à Mayra  de Mendoza: Voy a volver !

Eva

6 comments on “SOUVENIRS DE BUENOS AIRES (Eva)

  1. Michel W on said:

    Ton article, Eva, est très intéressant m’a beaucoup ému car je ne possédais jusqu’à présent sur Buenos Aires et ses milongas que mon point de vue et mon expérience masculins (désolé pour l’accord, mais c’est LE point de vue qui l’emporte) et je dois dire en te lisant que, si je n’en étais déjà convaincu, je penserais vraiment que nous venons, nous les hommes et vous les femmes, de deux planètes différentes.
    En effet nous sommes allés à Buenos Aires exactement à la même époque (à quelques jours près).
    Tu compares ton initiation à un PARRAINAGE dans une grande école ; la mienne en ce qui me concerne, je l’ai vécue comme …un BIZUTAGE de grande école (CF « Premiers pas à Canning »).
    Quant aux paroles échangées entre les morceaux pendant une longue minute qui ampute d’un tiers le temps de la danse, j’ai déjà écrit dans un précédent commentaire (à Maeva je crois), ce que j’en pensais.
    Mon plus grand plaisir lorsque je sens que la connexion est étroitement établie avec ma danseuse, c’est SURTOUT de ne pas l’interrompre entre deux morceaux et même quelquefois (si affinité) entre deux tandas : rester ainsi collés l’un à l’autre, entendre et sentir son cœur battre contre le mien, son souffle dans mon cou, respirer le parfum de ses cheveux en attendant l’intro du morceau suivant, sans rien se dire, quel bonheur… alors les fadaises du genre « d’où tu viens, où as-tu appris à danser, avec quels profs, es-tu à Bs As pour le travail ou le vacances (ça, c’est plutôt sympa, au moins elle n’a pas vu que j’avais une gueule de retraité !) quand repars-tu en France …etc » tu m’excuseras, mais très peu pour moi, lien social ou pas !
    Même pour les caisses de retraite, nous n’avons pas dû bénéficier des mêmes sources d’information : j’avais cru comprendre que le gouvernement voulait nationaliser les caisses privées afin de pouvoir faire main basse sur les capitaux qui s’y trouvaient encore, d’où angoisse et manifs des futurs retraités qui craignent que leurs enfants, déjà étranglés par la crise, n’aient en sus à assister financièrement leurs parents devenus indigents !
    Heureusement il y a un point sur lequel nous nous rejoignons totalement, mais probablement pas pour les mêmes raisons : comme toi je dis « Voy a volver » et j’ajouterai même « Volveré está seguro ».

  2. Un grand merci à Eva pour ce récit si bien écrit, mêlant un point de vue sur le tango mais aussi sur la société argentine.
    J’ai bien aimé aussi ta réponse Michel !

    Je ne sais pas si on se connait, Eva (sans doute oui mais je retiens mal les prénoms), mais j’aimerais pouvoir un jour te parler de Buenos Aires de vive voix, moi qui n’y suis restée que 4 jours et 3 soirées ;-(((((
    J’ai donc ressenti à te lire une grande frustration que j’avais déjà ressentie à lire les messages si sympa du voyage de Michel !!!

    Avez-vous pris des photos tous les 2 ? En mettrez vous quelques unes « en ligne » sur Picasa ou un autre site ?
    J’ai vraiment raté quelque chose en restant si peu de temps là-bas !!!
    j’ai ramnené plus de photos que tandas dansées !
    Vous me donnez vraiment envie d’y retourner un jour…(et peut-être à d’autres d’y aller ?)
    Dommage que ce voyage ne soit pas « écolo-compatible » avec mes engagements vis à vis de la planète ;-)))) sauf à y aller en cargo ou à la rame !

    Mais sans doute peut-on déjà vivre des moments très agréables (voire très « portenos ») , dans nos milongas ici, ou ailleurs en France, si on y met tous un peu du nôtre !…
    Par exemple, à Nantes au cabaret de Libertango, samedi dernier, le cabeceo fonctionnait aussi très bien avec certains danseurs : il faudrait peut-être le ré expliquer à ceux qui ne savent pas s’en servir…

  3. Michel W on said:

    - « Maeva, c’est loin l’Amérique ? » (du Sud)

    - « Tais-toi et rame… »

  4. Merci pour ta réponse Michel
    C’est très bien d’échanger nos avis …
    Sur les « faits » de la réforme des retraites tout le monde est surement d’accord mais l’analyse en politique est toujours subjective on le sait bien selon qu’on est rouge ou blanc ! ;il est vrai que les amis d’argentine qui m’ont donné cette analyse sont très favorables aux systèmes publics voilà toute la différence .Sans rancune!

    Et je crois que je pourrais encore tomber d’accord avec toi sur les  » palabres ( palabras dolces? )d’avant et d’après la tanda et même de l’entre- deux !  » tu sais ça peut faire battre le coeur de ta danseuse Michel ! rien ne t’empêche de dire quelques mots courtisans aussi ! Attendre la fin ça fait vibrer aussi ! ça bat plus fort encore Michel !
    Certes Les Porténos ne détiennent pas La Vérité sur l’invitation dans le Tango ,mais j’attendais de ce voyage qu’ils me fassent découvrir une autre éthique ,une autre culture du tango et ça m’a suffit pour me contenter

  5. Michel W on said:

    Sans rancune évidemment Eva, et ce ne sont certainement pas quelques divergences d’interprétation dans la politique argentine qui vont entamer notre amitié, vu mon peu de compétence et je dirais même mon ignorance dans ce domaine…
    Je ne suis malheureuement guère plus preformant dans le domaine des « palabras dolcès » (dèjà en français, alors tu imagines en espagnol !)
    Je pense être plus à l’aise à l’écrit vois-tu, on ne peut pas être bon partout, chacun sa façon de faire vibrer, l’important c’est que ça vibre… PARA ESTAR EN LAS BUENAS ONDAS!

  6. Daniel on said:

    Bah, moi, j’aime bien les palabres entre chaque tango, valse ou milonga, cela permet d’abord de demander le prénom de sa danseuse, c’est aussi la possibilité d’échanger quelques mots et peut être aussi de mieux regarder sa partenaire ( on peu parfois se tromper) et ensuite, le plus important, le moment de prendre sa partenaire dans les bras et qu’elle te prenne aussi dans ses bras, quel moment magique, quelle émotion quand on sent qu’elle vient se nicher dans l’espace qu’on lui offre, dès cet instant, je sais que la danse sera un grand moment de tendresse et d’émotion ou ne sera qu’un moment ordinaire un peu comme lorsque j’ouvre une bouteille de bon vin, dès l’ouverture on sait que ce sera un grand cru ou une piquette.
    Bien sur qu’ensuite c’est bien, son petit cœur qui frappe près du mien, ses phéromones, ses petits cheveux qui me chatouille le nez, mais le premier instant reste le meilleur, l’abrazzo, c’est pour moi l’instant de toutes les incertitudes, le meilleur moment, c’est quand cela a été super et que cela recommence. D’ailleurs si on va à toutes les milongas de Tino, c’est bien pour que ç’a recommence et si El Pibe, Eva y El tigre et les autres repartent à BA, c’est aussi pour recommencer, ressentir à nouveau ces tonnes d’émotion qui nous submergent.
    Verdad, el tango me vuelve loco y que no sabre vivir sin el.

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