Le tango: une illusion partagée? (par Michel Weyl)

Je viens de lire l’article de Maeva « Confiance », en rentrant de Tarbes et je ne peux m’empêcher (encore !) de réagir.

De quel droit certains danseurs se permettent-ils des réflexions négatives vis à vis d’une cavalière ? (je ne veux pas parler ici des vieux couples qui vivent et dansent ensemble depuis des lustres évidemment, ça fait partie des aléas de la vie conjugale…)  Sont-ils conscients des dégâts qu’ils occasionnent alors ? Tu n’es malheureusement pas la seule à qui une telle mésaventure est arrivée, certaines cavalières devenues amies m’ont même raconté des histoires à peine croyables à ce sujet : un débutant qui dansait depuis moins d’un an a, par exemple, déclaré à l’une d’elles, excellente danseuse (elle se reconnaîtra) qu’elle « ne savait pas faire les tours !!! » Mais là où cela devient moins comique, c’est lorsqu’un danseur « réputé avancé » s’autorise à critiquer une danseuse moins expérimentée en pensant ainsi la faire progresser alors qu’en réalité il ne fait que la déstabiliser un peu plus, voire la dégoûter du tango… au moins pour une soirée. Certes cela peut éventuellement pour certains constituer une technique de « drague » surtout lorsqu’ils s’adressent à une « oie blanche » avide de conseils, ça marche quelquefois, du moins pendant un certain temps… Tout le monde connaît de tels personnages qui se précipitent ainsi sur les « nouvelles » surtout lorsqu’elles sont jeunes et jolies (moi le premier… mais je ne donne jamais de conseils, je dis simplement « écoute bien la musique et danse comme tu le sens, je m’adapterai, je rattraperai tes prétendues fautes qui en fait ne sont que des erreurs de guidage car si tu dansais avec un professionnel il te ferait faire des figures extraordinaires sans même que tu t’en rendes compte ». Alors évidemment on me reproche, par jalousie probablement, de « faire croire », de donner l’illusion aux cavalières qu’elles dansent bien,  et certains ont même été jusqu’à mettre en garde la belle, objet de leur convoitise : « si tu danses avec lui tu ne progresseras pas » , sous-entendu : « danse plutôt avec moi et écoute les conseils de l’expert que je suis, tu en as grand besoin » (aïe ! je vais encore me faire des ennemis, quoique… ils l’étaient déjà ! )

Mais tu n’es plus une débutante, Maeva, et je pense que l’attitude la plus courageuse à adopter face à ces donneurs de leçons serait de les planter là et ne plus accepter leurs invitations, cela leur donnerait peut-être à réfléchir.

A choisir entre «  donner l’illusion à une cavalière qu’elle danse bien  » et prodiguer des critiques, même prétendument « constructives » (au tango la critique d’un cavalier n’est jamais constructive, elle est destructrice) tu auras immédiatement compris ce que je privilégie. En ce qui me concerne, la seule chose que j’attends d’une partenaire, c’est précisément de me donner l’illusion, le temps d’une tanda (ou plus…ieurs si affinité) qu’elle se sent tellement bien dans mes bras qu’elle aurait envie d’y rester, alors pourquoi la réciproque ne serait-elle pas vraie ? (en mathématiques on appellerait cela une équivalence logique…)

En guise de conclusion, une définition du snobisme : chercher à dominer les autres par des compétences réelles ou inventées…

M. Weyl

6 comments on “Le tango: une illusion partagée? (par Michel Weyl)

  1. Claude et Patrick on said:

    Se reconnaîtront-ils ces ennemis ou futurs ennemis?
    Rien n’est moins sûr car ils ne savent pas que la pratique du tango demande humilité et modestie….

  2. Michel WEYL on said:

    Les futurs probablement pas, mais les anciens, s’ils lisent le blog,ils ne peuvent pas ne pas se reconnaître…sauf s’ils sont amnésiques!

  3. Olivier on said:

    Michel, merci.
    Le tango est un échange, une passion partagée, on se « tape » des kilomètres pour le danser, on le vénère, on l’adore, parfois on n’en dort pas…
    Alors le respect de la personne partageant ce moment est primordial… et si ça se passe mal, tant pis ! Ce n’est qu’une tanda ! Et puis quand ça arrive, malgré tout (que ça se passe mal), l’attitude la plus positive à avoir n’est-elle pas justement de faire encore mieux, de s’accrocher, de s’adapter ! On n’arrête pas de barrer le bateau au premier « grain » ! (ça c’est pour changer des comparaisons automobiles…)
    Bon j’arrête sinon je vais moi aussi me transformer en donneur de leçon… C’était juste mon avis sur la question, assez proche de celle de Michel.
    Et oui Maëva, n’hésite pas à planter les « déstabilisateurs » ! Tu seras ainsi un peu plus disponible, pour partager de vrais moments de tango, en toute égalité…
    Olivier
    PS : Merci Michel de m’avoir prévenu de la disparition accidentelle de ce commentaire… On s’est arrangé avec Domi pour le récupérer… A bientôt

  4. Daniel on said:

    Bonjour à tous, si sur le fond je suis d’accord avec vous pour ne pas agresser nos danseuses débutantes, surtout si elles sont jeunes et jolies, elles seront nos danseuses de demain !! il n’est jamais très sympa de déstabiliser sa partenaire par des remarques désobligeantes sur sa façon de danser.
    Par contre, Messieurs, je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous pour leur faire croire que tout va bien quand tout va de travers, à mon point de vue, il est préférable de laisser entendre que cela pourrait être améliorer par quelques conseils pertinents avec beaucoup de tact et de délicatesse, juste pour leur permettre premièrement d’avoir devant elle un miroir qui leur renvoi une image d’elle-même et deuxièmement un petit conseil ou observation qui va leur permettre de dépasser une difficulté passagère qui risquerait de perdurer sans ce petit coup de pouce.
    Personnellement, je remercie particulièrement toutes les danseuses qui ont eu le courage de me parler et la patience de m’enseigner leur art, de m’avoir permis de les suivre dans leur envie d’être emporter par la danse, sans ces merveilleux professeurs, j’en serais peut être encore à regarder mes chaussures et les pieds de ma partenaire et sans doute cesser de danser depuis longtemps.
    J’ai beaucoup plus apprécié ce type de démarche plutôt que d’avoir subi des partenaires mécontentes, qui sans me le dire, me plantait au milieu d’une tanda tant elles étaient désappointer de rencontrer le si mauvais danseur que j’étais alors.
    Je crois que dans cet art de la danse, il est nécessaire d’avoir beaucoup d’humilité et d’accepter qu’un « plus grand » que soit vous enseigne, c’est cela qui fait progresser tout le monde, je regrette profondément que certaines danseuses puissent être fachées d’une remarque non désobligeante sur un détail de leur façon de se placer ou déplacer et je leur demande de bien vouloir me pardonner si nécessaire.
    Il y a quelques dizaines d’années, il n’y avait pas de prof de danse et tout le monde donnait des conseils entre copains, copines et amies et cela fonctionnait très bien, je crois que notre époque « moderne » avec l’identification à tout prix sur des « modèles » nous empêchent d’évoluer harmonieusement et surtout de faire confiance à son ou sa partenaire, combien de fois, de jeunes et jolies danseuses, confondent un abrazo milonguero avec une posture de drague, c’est vraiment préjudiciable pour tout le monde.

  5. Michel WEYL on said:

    Décidément on va penser que nous monopolisons le blog mais après tout, les autres n’ont qu’à s’exprimer ! J’en profite pour encourager les éventuels blogueurs en précisant que leur adresse E-mail (obligatoire) restera secrète et ne sera connue que des Webmaster (Tino et Domi) donc en aucun cas vous ne recevrez de pub ou autres spams.

    Donc Daniel (je reprends ton dernier commentaire) tu écris « ne pas agresser nos danseuses débutantes, surtout si elles sont jeunes et jolies (SIC) » Est-ce à dire que si elles sont vieilles et moches il ne faudrait pas les agresser non plus, mais que si d’aventure on se laissait aller à le faire, ce serait moins grave ? (ce n’est probablement pas ce que tu voulais dire, mais si on le prend au pied de la lettre… enfin, tu me diras, on voit toujours chez les autres ses propres défauts !)
    Par ailleurs je n’ai pas écrit qu’il fallait faire croire aux débutantes que « tout allait bien quand tout va mal » j’ai seulement dit que c’est le reproche (injustifié à mon avis) que certains (jaloux) me font. En fait ce que je recherche en présence d’une cavalière, c’est avant tout à lui donner du plaisir en dansant : c’est je pense la meilleure façon de leur faire aimer le tango et d’obtenir qu’elles s’accrochent et deviennent nos partenaires de demain, mais elles ne sont pas idiotes, elles se rendent bien compte par elles-mêmes quand ça ne va pas. Il est donc inutile de stigmatiser leurs défauts, surtout lorsqu’il s’agit d’une inconnue rencontrée au cours d’une tanda dans un festival, comme on me l’a raconté récemment… D’une part si je suis tout à fait capable d’apprécier l’abrazzo , la tenue et l’écoute d’une cavalière, je ne me sens pas absolument pas compétent pour lui dire « ce qui cloche » lorsque cela ne va pas, d’autre part je sais par expérience, pour l’avoir vécu, que lorsque l’on essaye de corriger un défaut (exemple bras trop en arrière ou coude trop relevé) on ne pense plus qu’à cela et ça ôte tout plaisir de danser, et enfin certaines qualités à mon sens (donner beaucoup de poids, être légèrement en retard sur le tempo par exemple) sont des défauts pour d’autres et inversement. Evidemment lorsque l’on se connaît bien, que l’on a l’habitude de travailler la danse ensemble et surtout que l’on sent une demande chez l’autre, rien n’empêche alors de dire ce qui nous semble ne pas aller.

    Cela dit je suis complètement d’accord avec toi lorsque tu écris que l’apprentissage du tango dans certains milieux, non plus « entre copains » mais par des cours dispensés par des professionnels dont les tarifs sont proportionnels à leur notoriété (heureusement il y a encore, mais pour combien de temps, les bénévoles des associations) rend certains danseurs exigeants et intolérant, voire… snobs tout simplement.

  6. Daniel on said:

    Bon, ben, Michel et moi, on s’est vu hier soir pour en discuter, donc on ne va pas monopoliser le forum pour se le redire, par contre, mesdames, mesdemoiselles les danseuses,j’aimerais bien vous lire pour savoir ce que vous en pensez, cela pourrait peut être nous faire savoir si on se raconte pas des histoires de mecs entre nous ?? faudrait nous faire connaître vos appréciations, après tout, je peux me planter complètement. Bises à toutes.

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