A propos de la fête de la musique

La fête de la musique a inspiré cette traduction, dédiée à tous ceux qui se plaignent de ne pas entendre la musique….

Le grand Beethoven

« Oigo tu voz, la que mi oido no olvida » (J’entends ta voix, la voix que je n’oublie pas – tiré du tango Oigo tu voz de Canaro et Garcia Gimenez)

Au moment de l’accident, Salcedo était un danseur déjà d’âge mûr, il maîtrisait un assez modeste répertoire mais avec une grande précision dans la musicalité et le guidage. Même si on se souvient de lui comme de quelqu’un peu enclin au partage et difficile à dérider, ceux qui le connaissaient savaient que derrière ce caractère antipathique, se cachait un garçon timide. Il ne dansait que Pugliese, et cela suffisait à son bonheur.

D’après ce que l’on apprit par la suite, sa vie changea à la 27ème minute de la deuxième mi-temps d’un Atlanta-Platense dont le score fut 0 à 0 sans aucun tir dans la cage. Au milieu de cette morne partie, un pétard explosa à quelques centimètres de Salcedo… On s’occupa de luià l’infirmerie du club, mais comme il ne répondit pas quand on lui demandait ce qu’il avait, les médecins se contentèrent de le laisser une demi-heure en observation avant de lui donner le feu vert pour sortir… Personne ne l’informa qu’il avait perdu 97% d’audition à gauche et 93 à droite.

Sourd et complexé, honteux et abattu, il retourna à la milonga, plus enclin à prendre congé qu’à faire des rencontres… Mais à sa grande surprise, personne ne remarqua sa surdité. Habitués à sa réserve, tous le saluaient de loin et les serveuses lui servaient son gancia [apéritif d'origine italienne] sans plus de commentaire. Ce fut peut être la raison pour laquelle il commença à imaginer un plan pour continuer de danser sans même entendre la musique…

Identifier les orchestres était relativement simple. Salcedo savait que Rizutti dansait toujours Pugliese avec la Cordobesa; il n’avait qu’à attendre que cela arrive. Une fois l’orchestre  identifié, les morceaux seraient Gallo ciego, Nochero soy, Plata ancha et Emancipation, dans cet ordre; Il n’y avait aucune raison pour que le DJ se donne la peine de modifier ce déroulement ancestral. Salcedo connaissait chaque note de ces tangos et était capable de les dévider de sa mémoire avec une délicieuse précision; le défi, alors, était d’inviter une fille à danser et de laisser le souvenir lui dicter la musique.

Des semaines durant, on le vit, cantonné à sa table, sans danser, sérieux et concentré. on supposa qu’il se contentait de jouer les ermites, mais non: il répétait en silence. Il attendait que Rizutti invite la Cordobesa et il savait alors que c’était l’introduction de Gallo ciego. Après le premier pas de côté, le tango à proprement parler démarrait et ensuite, il synchronisait la musique avec ses souvenirs. Les mouvements des bons danseurs lui confirmaient que ce qu’il avait entendu une fois était resté intact dans sa mémoire…

Il passa des semaines à coordonner mentalement déplacements, pauses et final jusqu’à ce qu’un beau jour il décrète qu’ilétait prêt… Il fit le baptême du feu avec une Américaine , au cas où. Par la suite, il se lança avec des Argentines et, pour ne pas avoir à parler entre les tangos, il neutralisa les dialogues éventuels avec des questions idiotes et sans réponses possibles. « Tu ne sais pas si aujourd’hui on peut stationner à gauche ? » était une de ses préférées.

Petit à petit il se libéra et, même si cela paraît incroyable, la surdité lui apporta une nouvelle cadence inimitable. Les filles se damnaient pour danser avec lui et son style devenait chaque fois plus personnel. On le voyait sourire comme jamais… C’est pourquoi cela le fit tant souffrir lorsque cette brune maigrichonne lui exécuta des ornementations en dehors de la musique pendant toute une tanda… Rizutti raconta que cette dernière nuit, il le vit pleurer dans les toilettes et lui demanda ce qui se passait, mais tout ce que trouva Salcedo fut de se mettre une main sur l’oreille droite et de dessiner dans l’air des cercles avec son index.

Cronica de René dans Tangauta 172, février 2009 ( traduction Christine Haudebourg).

10 comments on “A propos de la fête de la musique

  1. El Tigre de Nort on said:

    C’est incroyable ce que le cerveau humain est capable d’inventer pour compenser une infirmité : c’est cela aussi la résilience…
    Sans aller si loin, je connais une cavalière qui, lorsque nous avons dansé ensemble, dès le début, interprétait la musique avec exactement la même écoute que moi, à tel point que je lui ai demandé si elle n’était pas musicienne, mais non, m’a-t-elle répondu…
    Jusqu’au jour où, au cours d’un stage, les profs nous ont demandé de marcher individuellement sur une musique et d’improviser des pas ou des figures en suivant notre instinct : la pauvrette en était parfaitement incapable et souffrait le martyre alors que d’autres, connues pour leur tendance à anticiper ou être réfractaires au guidage jubilaient et affichaient un sourire ravi !
    C’est là que j’ai compris qu’elle avait développé une écoute du partenaire extrêmement fine pour pallier sa difficulté à écouter et interpréter la musique.
    Mais mon plaisir de danser avec elle est resté intact, évidemment !
    En ce qui me concerne j’aurais cependant bien du mal à danser en « play back »… alors, Tino, on se cotise pour acheter une batterie 12V ; 70 Ah toute neuve ?

  2. Tino on said:

    Oui c’est vrai, pour la fête de la musique,la musique n’était pas à la fête (facile) Ce n’était pas la
    batterie qui était en cause mais le convertisseur qui n’était pas assez puissant et n’envoyait pas
    assez de jus à l’ampli, du coup, il se mettait en sécurité.
    Pourtant j’avais fait un essai le matin même dans le jardin ,les voisins sont témoins et il marchait
    bien mais pas pour longtemps.
    A part ces problèmes techniques il y a eu quelques moments magiques quand la lumière s’est mise en route,malheureusement elle n’a pas duré longtemps .
    C’est sûr , il va falloir qu’on investisse si nous voulons faire d’autres milongas en plein air,il faudra penser aussi au lino.
    Il y avait un côté amateur c’est vrai, mais la fête de la musique en principe était réservée aux amateurs.
    J’espère qu’on pourra en faire d’autres dans ce lieu magique maintenant qu’on sait comment on « peut mieux faire »

    TINO

  3. Olivier on said:

    J’en garde en tout cas un excellent souvenir !
    N’oublions pas qu’à une époque on a dansé sur des gramophones ! Et le tango n’est il pas à l’origine une danse de rue ? Illustration superbe en tout cas de ton lecteur stéréo, plus familier des combats de slam que des milongas !!!

    Bises !

    Olivier

  4. Olivier on said:

    La photo est superbe, les câbles provisoires, au fond, ressemblent à des guirlandes !

  5. Nicole on said:

    Sourires , bonne humeur , plaisr DE se retrouver? de partager ….c’est aussi tout ça que nous allions chercher au jardin des Fonderies dimanche .Des problèmes de câbles , une musique pas toujours bien audible , un lino ( pas si mal que ça !) ne sont-ils pas infiniment compensés par l’ambiance joyeuse , conviviale , loin des jugements des danseurs que nous sommes allés chercher au jardin des Fonderies , et que , de plus en plus nombreux , nous allons chercher aux milongas de Nantes libertango ? Nicole

  6. E. NEUTRE on said:

    A PROPOS de…ce qui s’est joué et se danse AILLEURS…

    La citadelle se referme, seuls ceux qui prêteront serment en auront la clef !
    Fiers et purs tels les Cathares, au crépuscule de la Saint Prosper* ils ont allumé leur dernier brasier au risque que le donjon brûle.
    Leur victoire d’un soir dessine leur agonie prochaine.
    Dans la cour basse pleine de bruits et de fureurs, les plus blessés, les moins intègres (les plus libres ?) ont jeté leurs armes, le siège n’avait que trop duré…
    Les plus jeunes et les plus naïfs sont sacrifiés, d’autres plus intéressés guettent la défaite…Ils les spolieront au petit jour.
    Ainsi en va-t-il de l’histoire humaine, elle se répète et visiblement même dans le Tango du XXI siècle, l’esprit Cathare demeure.

    Face à la débâcle de cet esprit d’intransigeance offrons un esprit ouvert et bienveillant!

    *Saint Prosper d’Aquitaine, théologien laïc du V siècle est fêté le 25 juin Saint Patron de la « symbiose » -citation – « Relève-moi si je tombe reprends-toi quand je te signale quelque faute. Qu’il ne nous suffise point d’être un seul corps, soyons aussi une seule âme. »

  7. El Tigre de Nort on said:

    Tu devrais citer tes sources mon cher NEUTRE (l’es-tu vraiment ?), et mettre des guillemets car je ne pense pas que tu puisses être l’auteur de ce texte (j’ai fait une recherche sur internet sans résultat).
    La similitude avec les événements auxquels tu fais référence ne m’apparaît pas flagrante :
    -un serment n’est pas assimilable à un vote anonyme (encore que les bulletins étaient numérotés (pas volontairement je pense) mais le vote aurait pu être invalidé par quelque adhérent procédurier mécontent du résultat…)
    -je ne pense pas (ni ne souhaite) que l’agonie soit prochaine !
    -les plus jeunes, sacrifiés, s’agit-il des « nuevos » ? Personnellement cela ne me dérange pas du tout ! (et pourtant j’aime beaucoup les jeunes, surtout quand ils sont du sexe féminin…)
    En ce qui me concerne, je ferais plutôt un parallèle avec le référendum de De Gaulle en 69, année érotique disait Gainsbourg, (je ne me souviens plus très bien, j’étais jeune à cette époque, mais la question posée était un choix léonien : en gros, il fallait choisir entre LUI et la chienlit !) J’ai voté NON, il me semble, à l’époque, et je ne le regrette pas car je suis avant tout attaché à la LIBERTÉ. Cependant je suis le premier à déplorer la chienlit actuelle, comme je déplore la bousculade dans les milongas (voir certains de mes articles précédents) provoquée (entre autres) par ceux-là même qui donnent des cours (dans différentes associations de l’ouest) et qui servent donc de modèle aux futurs tangueros, plus par leur comportement sur la piste que par leur discours sur la circulation en bal…
    Serais-je comme Sardou « un anarchiste qui paye ses impôts » ?

  8. El Tigre de Nort on said:

    PS: veuillez remplacer SVP « un choix léonien » par « un choix léonin » et
    « mon cher NEUTRE » par « mon (ou ma?) cher(e?)NEUTRE
    avec mes excuses (impossibilité de corriger après envoi)

  9. E. NEUTRE on said:

    Je vous l’accorde le pseudo NEUTRE est maladroit, tant pis ça restera…d’autre part
    votre mise en perspective historique est plus adéquate que la mienne c’est vrai… mais tellement moins dramatique que cette scène qui avait pour seule vocation de faire réagir.
    Effectivement l’analogie y est grossière et pas très documentée (les Cathares avaient-ils des citadelles ?) car c’est avant tout un billet d’humeur.

    Vos arguments et vos réactions me font plaisir cependant l’auteur ST Prosper est cité et les guillemets sont là ?!? il n’est pas très délicat de me suspecter de plagiat.

    PS : Pour la faute de frappe vous êtes excusé.

  10. MW (EL Tigre de N) on said:

    Loin de moi l’idée de vous soupçonner de plagiat: le style même du texte ne pouvait appartenir à quelqu’un de notre époque.
    Je souhaitais simplement par curiosité connaître l’auteur et l’ouvrage dont il est tiré pour mieux comprendre (est-il un défenseur ou un opposant aux cathares?).
    J’aimerais aussi savoir si vous êtes un homme ou une femme, je dirais plutôt que vous êtes un homme

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